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Jeu de fée

Catégories : Chronique d'une Unseelie

       

      Au balbutiement d’Ombremonde, Ombrelune, terre martyre au tempérament cyclique, se perdait dans de vastes étendues aux reliefs changeants sous l’éclat inexorable de la lune d’Opale. Les montagnes obsidiennes du royaume des épines noires aux caractères sombres et menaçants fascinaient les civilisations les plus téméraires depuis des millénaires. Seulement, celui qui s’y aventurait ne croisait jamais les sentiers ombrageux de la Forêt du Sud, ni les grandes plaines, ni les vallées et les monts lumineux de l’Est. C’était un véritable labyrinthe pour celui qui aimait se perdre. L’espièglerie de certains êtres féeriques et mutins aimaient pertinemment se jouer des humains et des autres peuples lors de leurs longues pérégrinations. Et plus particulièrement les Fées malicieuses et malignes ! Quelles que soient leurs intentions, il y a bien longtemps qu’elles s’amusaient à modifier le paysage en lançant des touffes d’herbes enchanteurs, lutinant le voyageur un temps démesuré. Bien qu’elles soient farceuses, la légende racontait que les fées enchantaient la nuit d’une douce infusion de lumière comme un clair obscur doré, enveloppant le monde dans une bulle de sérénité grâce aux reflets de leurs ailes irisées.

           Au mitan de l’été, à l’orée de la forêt enchantée, alors qu’une minuscule fée récoltait des boutons d’or pour faire du beurre, elle vit avec stupeur l’ombre d’une langoureuse et funèbre beauté se promener entre deux noisetiers. La nymphe la fascinait par un mutisme omineux. Elle en était si étourdissante de sublimité que la petite fée oublia son tour de passe- passe. Elle se cacha derrière le lierre des vieux chênes pour l’épier, ignorant le danger qui la guettait dans l’ombre. La nymphe enchanteresse, paisible et solitaire, était aussi silencieuse qu’un gouffre. Sa silhouette n’était qu’une ombre, une membrane atrophiée. Chacun de ses pas rompus par la magie noircissait la terre comme du charbon. L’ombre enchanteresse aspirait l’énergie de la terre par un mal affreux, engendrant une malédiction qu’elle ne maîtrisait pas. Chacune de ses empreintes coagulait sur le sol et le paysage tels des cloques percées. Si bien que les couleurs chatoyantes de la forêt enchantée palissaient et s’écoulaient sur l’écorce rugueuse des arbres comme incapable de retenir l’hémorragie des ombres obscures. Les racines des arbres, les pousses des plantes et les fleurs faiblissaient. Les teintes dorées de l’été déteignaient d’un gris morne. Tristesse sylvestre. Tout ce que la Nymphe regardait, tout ce que la Nymphe touchait, bénéficiait d’une malfaisance force surnaturelle sans qu’elle ne puisse occulter son mal. L’anathème portait son visage, portait l’air de sa résurrection. Les bois s’imprégnaient d’un flacon ferré de ténèbres. L’Ombre contaminait la nature la plongeant dans un noir absolu. Ainsi, des milliers d’oiseaux aux ailes brisées et aux plumes brûlées gisaient dans une marée de sang aqueuse sur le sol à demi-mort.

           Fredonnant une mélopée entêtante, la complainte de la Nymphe ténébreuse résonnait comme un chœur sinistre au milieu des bois.

« L’ombre viendra à pas de loup,

vous tirer par les pieds,

une nuit noire sans lune...»

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